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Paul Bandenge, un jeune Batwa, accède aux études supérieures au Sud-Kivu.

11/7/2023 Blog
Paul Bandenge, un jeune Batwa, accède aux études supérieures au Sud-Kivu.

Âgé de 25 ans, Paul Bandenge a vu le jour à Kalima, dans les montagnes de Bunyakiri, territoire de Kalehe au Sud-Kivu en République Démocratique du Congo. Issu d'une famille Batwa (Peuple autochtone pygmée), il est le cadet d'une fratrie de six enfants. Son père jouait du tambour lors des somptueuses cérémonies à la cour royale, et gagnait difficilement sa vie en tant que cueilleur de noix de palme. C’est grâce à la bienveillance de personnes charitables, qu’il a pu poursuivre ses études primaires et secondaires, obtenant son diplôme d'État en 2016.

"Je suis le seul de ma famille à avoir eu l'opportunité d'aller ausi loin dans les études, et nous ne sommes pas nombreux dans notre communauté", confie Paul Bandenge.

Malheureusement, les ressources limitées de sa famille l'ont empêché de continuer vers l'enseignement supérieur. Pendant sept longues années, soit de 2016 à 2022, il a jonglé entre petits métiers et périodes de chômage. Tout d'abord, il a travaillé dans un modeste restaurant de son village. Puis, il a pris la route pour la ville de Bukavu, où il est devenu l'homme à tout faire dans un petit restaurant situé à Mulambula, l’un des quartiers populaires de la ville. Chaque matin, il s'attelait à laver la vaisselle et à préparer avec soin le foufou et les haricots, plats phares de l'établissement. La nuit tombée, il dormait dans les enceintes du restaurant,  assurant en même temps la sécurité des lieux.

Dans cette période de dur labeur, il a trouvé l'opportunité de se former en mécanique, en intégrant un centre d'apprentissage professionnel. Il devient conducteur de moto taxi. Mais, l'instabilité de ce métier, le pousse à tout laisser tomber et rentrer vivre dans son village d'origine. Là-bas, il commence à labourer des champs pour autrui, moyennant une modique somme de 1500 et 2000 Franc Congolais (FC) par jour (moins d’1 dollars USD/jour). Il réalise qu'il ne s'habitue plus à la vie au village et opte pour un retour en ville et à sa vie de débrouillardise.

En 2022, une opportunité s'offre à lui : un leader de sa communauté l’informe que le Parc National de Kahuzi-Biega (PNKB) propose des bourses d'études supérieures aux jeunes Batwa. Ces bourses sont octroyées par le biais du projet "Tulinde Haki na Mazingira Zetu" financé par le peuple américain à travers l’USAID et exécuté par  la Wildlife Conservation Society (WCS),  Alerte International (AI), le Catholic Relief Services (CRS),  le WeltHungerHilfe (WHH) et 20 organisations locales, dont celles de défense des droits des peuples autochtones. Les domaines d'action prioritaires de ce projet incluent entre autres l'amélioration des moyens de subsistance, l'accès à la justice et aux services socioéconomiques de base pour les communautés locales autour des aires protégées. C’est dans ce cadre que notamment des bourses d’études supérieures sont accordées aux peuples autochtones pygmées.

Paul saisit cette chance, s'inscrit à l'Institut Supérieur Pédagogique de Bukavu (ISP) en janvier 2023 et entame sa première année de licence LMD en Sciences Commerciales, Administratives et Informatiques.

En mars de la même année, la bourse est confirmée. Elle couvre les frais académiques, les manuels, les soins médicaux, l'alimentation, la communication, l'installation et l'hébergement sur le campus, ainsi qu'un ordinateur portable. Au total, cette bourse s'élève à 4000 dollars américains par an. Les conditions qui l'accompagne sont notamment que cette aide cesserait en cas de non fréquentation et d'échec.

Après dix mois, Paul Bandenge s'est progressivement acclimaté à sa vie estudiantine. Le retour en salle de classe n’a pas été facile en raison des années qu'il a passées loin de l'éducation formelle. Il est toutefois déterminé à ne pas laisser cette opportunité lui échapper et se bat avec ferveur pour réussir sa première année. Déjà au premier semestre, il a validé 28 des 30 crédits requis.

 «Grâce à cette bourse, j’étudie dans des bonnes conditions. Je partage les mêmes bancs et tables que les étudiants issus de familles plus aisées. J’ai compris qu’aujourd’hui, la plus grande richesse que l’on puisse posséder, c'est le savoir. Celui qui néglige les études se laisse exploiter par ceux qui ont appris. Je crois à nouveau en une vie meilleure », conclut-il, en souhaitant que des nombreux jeunes batwa puissent avoir également l’opportunité de faire des hautes études.

 

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