PROTECTION DE LA FAUNE

De nombreuses menaces pèsent sur le Parc. L’exploitation illégale et non durable des ressources naturelles du Parc constitue la principale menace pour sa biodiversité. Celle-ci est liée à l’occupation illégale de l’aire protégée, associée à la croissance constante de la population humaine autour du Parc et à la demande de terres pour l’habitat et l’agriculture qui en résulte. L’exploitation minière et la présence de groupes armés liée aux mines renforcent la demande de viande sauvage et induit d’autres effets néfastes d’un point de vue environnemental, socioéconomique et sécuritaire dans et autour du Parc.

Protéger la faune requiert des stratégies réactives, des innovations technologiques et une présence constante sur le terrain, afin de mieux comprendre et endiguer le braconnage, mais aussi pour en prévoir les évolutions.

La pression démographique a toujours été forte autour du Parc, et plus particulièrement son secteur de la Haute Altitude. Son accessibilité géographique et sa proximité avec d’importantes concentrations de populations constituent des défis majeurs pour la protection de la faune et des forêts du PNKB. Ces menaces et défis combinés ont conduit le Parc National de Kahuzi-Biega à devenir un site du patrimoine mondial en péril depuis 1997. 

Depuis plusieurs années, la déforestation occasionnée par l'exploitation forestière illégale et la combustion de charbon de bois s’est intensifiée dans la partie nord de la Haute Altitude. Le Parc National de Kahuzi-Biega compte 304 écogardes (en date de novembre 2024). Parmi eux, 22 femmes et 43 membres de la communauté autochtone Wambuti. Depuis la signature du partenariat public-privé entre l’ICCN et WCS pour sa cogestion, deux vagues de recrutement et de formation de nouveaux éco-gardes ont permis de renforcer et renouveler des effectifs vieillissants. Un programme de formation et de recyclage annuel a été consolidé, les procédures opérationnelles ont été harmonisées, les patrouilles intensifiées et de nouvelles constructions sont en cours afin de renforcer la présence des éco-gardes dans le Parc. 

La criminalité faunique ne cesse cependant d'évoluer. La chasse au petit gibier prédomine pour approvisionner en viande sauvage les centres urbains en pleine expansion dans l’est du pays. Les saisies de pièges à gibier en câbles métalliques se multiplient rapidement. 

Pour faire face à ces évolutions, la formation des écogardes continue de se développer, en mettant de plus en plus l'accent sur les droits de l'homme, les premiers secours, les techniques de combat, les technologies de communication et les procédures d'enquête, afin de s'adapter à l'évolution du secteur.

L'immensité du territoire, la diversité des habitats et la présence récurrente de groupes armés dans le Parc en font un terrain complexe à surveiller et contrôler. La densité de la végétation permet notamment aux exploitants illégaux de se dissimuler. Le Parc emploie des techniques de renseignement pour affiner ses stratégies de lutte, étudie le mode opératoire des braconniers et des trafiquants, et analyse les voies d'accès au Parc. L'équipe de lutte contre les exploitations illégales prend des décisions informées sur une connaissance actualisée du contexte, oriente et intensifie les patrouilles sur des zones ciblées et identifiées comme perméables. 

Différentes technologies de conservation rendent le travail des écogardes plus efficace : 

  • Les signes d'activités humaines illégales dans le Parc sont recueillis par les patrouilles, puis synthétisés et mis en images à l'aide de l'outil SMART (Spatial Monitoring And Reporting Tool), qui permet de cartographier les menaces et les activités, afin de comprendre les tendances et la répartition des menaces. L'utilisation de SMART facilite également la collaboration avec d’autres aires protégées au niveau national et en Afrique centrale. 
  • L'utilisation d'un système de communication VHF permet une communication radio en temps réel à travers le Parc et relie les unités d'éco-gardes en patrouille à l'aide de kits portables. Additionnellement, le Parc s'appuie sur un programme de lutte contre le trafic de produits fauniques, opérant dans tout le pays. Ce programme joue un rôle essentiel dans l'identification et le démantèlement des réseaux criminels responsables du braconnage des éléphants, primates et autres produits fauniques, en veillant à ce que les braconniers et les trafiquants soient poursuivis en justice, et en envoyant un signal dissuasif fort aux criminels qui s’en prennent à la faune.

 

 

 

Lutter contre le braconnage nécessite une approche holistique visant à créer de meilleures conditions pour les personnes vivant dans la région afin qu'elles n'aient pas à recourir au braconnage. Pour y parvenir, il faut avant tout sensibiliser la population à l'importance des écosystèmes du Sud-Kivu. L'équipe du Parc met en place un programme de sensibilisation dans les écoles de la zone alentour et au sein des communautés riveraines. La société civile environnementale, presque aussi ancienne que le Parc lui-même, joue pleinement son rôle et s'efforce de transmettre cette passion aux populations proches du Parc. 

Le Parc peut également compter sur des initiatives opérant dans sa zone périphérique, pour renforcer et faire progresser les droits des Peuples Autochtones et des Communautés Locales (PA et CL) dans et autour du Parc. L'objectif étant que les Peuples Autochtones exercent leurs droits culturels, environnementaux, politiques et socio-économiques par le biais d'une gestion participative des aires protégées, d'une meilleure cohésion sociale et d'une plus grande autonomie. 

WCS a aussi soutenu et mis en place au niveau national un programme sur la viande sauvage, notamment par de la recherche et des efforts de sensibilisation sur la problématique de la consommation de viande sauvage en milieu urbain.