ÉCOSYSTÈMES

Le Parc National de Kahuzi-Biega se trouve à l'extrémité orientale du Bassin du Congo, au cœur des vastes forêts qui constituent le deuxième plus grand système de forêt tropicale humide de la planète.

Le PNKB couvre 6000 km2 de forêt tropicale primaire et présente une richesse biologique extraordinaire. C’est un des rares parcs d’Afrique subsaharienne qui protège une gamme altitudinale complète de faune et d’habitats allant des forêts de plaine aux forêts afromontagnardes, aux forêts de bambous et à quelques petites zones de prairies subalpines et de bruyères sur les monts Kahuzi et Biega, qui atteignent environ 3300 m d’altitude. Sa grande diversité d’espèces (une des plus grandes dans le Rift Albertin) et son endémisme lui ont valu d’être inscrit sur la liste des sites du patrimoine mondial de l’Unesco en 1980.

Le Parc est divisé en deux secteurs écologiques principaux. Le secteur de la Haute Altitude du Parc (où se trouve le siège de ce dernier  à Tshivanga) est recouvert de forêt de montagne (ou forêt afro-montagnarde). Le secteur plus vaste de la Basse Altitude est recouvert de forêt de plaine guinéo-congolaise. C’est une des rares régions africaines où la transition entre ces deux types de forêts pluviales est restée en grande partie intacte. Les deux sont reliés par un mince corridor écologique qui est de plus en plus menacé par l’empiètement des éleveurs et des agriculteurs.

Le PNKB se trouve également à proximité de certaines des zones les plus densément peuplées en RDC, avec une population estimée à plus de 500 000 personnes autour du siège du Parc, dans le secteur de la Haute Altitude, et à 10 000 autres dans le secteur de la Basse Altitude. Le Parc est situé à proximité des zones à très forte densité de population humaine comme Kasese, Itebero, Lulingu, Nkuku, Nzovu et Mumbili. Certaines personnes vivant dans ces zones sont restées dans le Parc après la définition de ses limites en 1975.

Le climat est équatorial, la température oscille autour de 25°C le jour et 15°C la nuit tout au long de l’année. Les précipitations sont très élevées, la moyenne annuelle est d’environ 1619 mm mais pas distribuées uniformément tout le long de l’année (Plan de Gestion de Kahuzi-Biega 2009-2019). Une petite saison sèche plus longue a lieu entre janvier et février, une longue saison sèche de juin à août, entrecoupées de deux saisons des pluies (courte entre mars et mai, et plus longue entre septembre et décembre).

Jusqu’à présent, plus de 1171 espèces de plantes ont été recensées au sein du Parc, dont 145 endémiques du Rift Albertin (Plumptre et al., 2007). Ceci en fait le quatrième site le plus riche du Rift Albertin en termes de richesse botanique (les trois sites les plus riches sont Parc National des Virunga en RDC, la forêt impénétrable de Bwindi en Ouganda, et Mahale Mountains en Tanzanie). Les plantes supérieures ont été relativement bien étudiées dans les forêts de l'Ouganda et du Rwanda, mais ailleurs dans le Rift Albertin, les études ont été éparses. La liste s'allongera considérablement si l'on y ajoute les plantes basses (mousses, hépatiques, anthocérotes, algues et lichens) et d’autres peu étudiées telles que les plantes grimpantes et les épiphytes (Plumptre et al., 2007).

La partie montagneuse du Parc est recouverte d’une végétation essentiellement forestière, au sein de laquelle se trouvent d’autres formations liées à des conditions édaphiques particulières : sols hydromorphes, marécageux, inondés, ou de cuirasses latéritiques. Les forêts du PNKB sont stratifiées en fonction de l'altitude. Entre 700 et 1 200 m, les forêts sont des forêts de basse altitude. Entre 1 200 et 1 500 m, on observe une zone de transition vers la forêt sub-montagneuse, tandis que la véritable forêt montagnarde s'étend au-delà de cette altitude jusqu'à environ 2 000 m. Au-dessus, les zones afro-subalpines sont dominées par des forêts marécageuses et des tourbières jusqu'à environ 2 600 m, ce qui correspond également à la limite forestière. Enfin, de là jusqu'aux sommets, on trouve des formations typiques de broussailles montagnardes dominées par les éricacées et les arbustes nains (Steinhauer-Burkart et al., 1993, UNESCO, 1980).

Le couvert végétal protégé du Parc a un effet régulateur sur le régime hydrologique de la région. Il assure notamment la protection des bassins versants. Par ailleurs, la couverture forestière exceptionnelle du PNKB constitue un important puits de carbone contribuant à la lutte contre le changement climatique au niveau mondial.

Parmi les différents types d'habitats du Parc, on trouve : 

Forêt tropicale de montagne et sa végétation secondaire

Elle se situe entre 900 et 2300 m au-dessus du niveau de la mer et est dominée par Albizia gummifera, Parinari excelsa et Gambeya gorungosana. Jusqu’à 1350 m d’altitude, cette forêt est considérée comme « forêt de basse altitude ». Au-dessus, au-delà de 1800 m, elle devient une « forêt de basse montagne ». Là où l’homme l’a perturbée dans le passé pour créer de petites zones de pâturage pour le bétail, la forêt secondaire se recolonise ; la plus connue est la forêt type d’Hagenia. Au sein des forêts, on trouve des parcelles de savanes herbacées, dues à la déforestation passée par l’homme ; ces savanes sont dominées par des fougères (Pteridium capense).

Forêt humide de haute altitude et sa végétation secondaire

Située au-dessus de 2300 m dans le PNKB, dominée par Afrocarpus (Podocarpus) usambarensis (un conifère !), Syzygium guineense et Psychotria mahonii, habituellement appelée « forêt primaire de Podocarpus ». Les arbres sont plus courts qu’à des altitudes plus basses ; les fougères arborescentes, les lichens suspendus et d’autres épiphytes abondent. Dans les zones précédemment défrichées (par l’homme), on trouve une forêt secondaire de Myrianthus, et même des zones dominées par les Lobelias et des parcelles de prairie.

Forêt marécageuse

Bien que peu étendues, des parcelles de forêt marécageuse épaisse peuvent être trouvées.

Forêt de bambous et végétation secondaire

Quasi-dominée par une seule espèce de bambou - Oldeania (Arundinaria) alpina - et située entre 2300 et 2600 m d’altitude. La hauteur est généralement de 15 mètres, parfois de 20 mètres ! Les forêts de bambous fleurissent et sèment collectivement tous les 30-40 ans, puis meurent ; elles repoussent ensuite. Elles s’emparent facilement des terres défrichées - les vastes étendues que nous voyons aujourd’hui sont le résultat de l’abattage des forêts par l’homme dans le passé. Les gorilles et les chimpanzés apprécient les jeunes pousses de bambou.

Bruyère subalpine

Au-dessus de 2600 m se trouve une zone sans arbres dominée par Erica kingaensis (rugegensis). Ici, il fait froid et les températures peuvent descendre jusqu’à 7°C. Les visiteurs des pays tempérés reconnaîtront certains types de plantes, car ils sont typiques des landes du Paléarctique : Vacciniums (une sorte d’airelle ou de myrtille). La végétation est sèche, et l’on peut voir des plantes l’Helichrysum. Le sol est recouvert d’une mousse épaisse.

Marais et tourbières

Ces habitats peuvent être présents à toutes les altitudes jusqu’à 2400 m. Des zones similaires existent dans toute l’Afrique centrale (on les appelle « bais » au Gabon et au Congo) et sont très attrayantes pour les gorilles, qui viennent se nourrir de la végétation verte et fraîche (composée principalement de carex et d’herbes faciles à digérer). La tourbe est ici formée par la symbiose entre une espèce de jonc mondialement répandue et une sphaigne endémique.

Malgré l’importance de sa conservation à l’échelle mondiale, la richesse de sa biodiversité et les avantages écologiques qui en résultent, les menaces profondément enracinées liées aux interactions humaines avec le Parc sont toujours présentes. D’une manière générale, l’occupation illégale de l’aire protégée, associée à la croissance constante de la population humaine autour du Parc et à la demande de terres pour l’habitat et l’agriculture qui en résulte, constitue la principale menace pour le Parc. La déforestation est occasionnée par l’exploitation forestière illégale et la production de charbon de bois. Plus utilisé par les ménages aussi bien dans les entités riveraines du PNKB que dans la ville de Bukavu pour la cuisson, le charbon de bois est une alternative au déficit en énergie électrique susceptible de satisfaire les besoins des ménages. Cette déforestation est évidente à la fois dans les secteurs de la Haute et de la Basse Altitude. L’exploration et l’exploitation minière, ainsi que la présence de groupes armés liés aux mines, augmentent la demande de viande sauvage et de chasse au trésor dans le Parc.

Ces menaces ont fait du Parc National de Kahuzi-Biega un site du patrimoine mondial en péril depuis 1997. Ces menaces ne permettent pas d’assurer la persistance de la biodiversité et de la conservation du patrimoine naturel et culturel du Parc et contribuent à mettre en péril ses valeurs.

Au PNKB, la ruée sur la terre, depuis plusieurs décennies, présente à la fois des menaces directes et indirectes sur sa biodiversité. Les installations des campements pour les agriculteurs et des fermes à l’intérieur du Parc, et principalement dans le corridor écologique, entravent les progrès vers les objectifs de conservation et présentent une menace sérieuse sur les écosystèmes du Parc.

Ces menaces sont interdépendantes et ont une incidence à la fois sur la conservation mais également sur les populations vivant autour de l’aire protégée.