GORILLES

Le gorille de Grauer (Gorilla beringei graueri), est une sous-espèce endémique de la République Démocratique du Congo et constitue le plus grand primate au monde. Le Parc National de Kahuzi-Biega, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, a été créé en grande partie pour assurer la protection de cette espèce emblématique.

Classé en danger critique d’extinction par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) depuis 2016, le gorille de Grauer a subi une baisse alarmante de sa population au cours des dernières décennies. Une étude majeure menée par Plumptre et al. (2021) a estimé une diminution de près de 58 % de la population en l’espace de vingt ans, principalement en raison de la chasse pour leur viande, exacerbée par les conflits armés persistants depuis 1996. Plus récemment, il y a eu une explosion alarmante de perte d’habitat liée à l’exploitation incontrôlée des ressources naturelles. Le déclin s’est poursuivi dans les zones dépourvues de mécanismes de protection efficaces.

Les principaux bastions actuels de la population de gorilles de Grauer sont localisés dans le Parc National de Kahuzi-Biega et les forêts voisines d’Oku, qui abriteraient ensemble 56 % de la population restante estimée à environ 6800 individus ! Ces sites représentent aujourd’hui la plus haute priorité pour la conservation de cette sous-espèce, (Plumptre et al., 2021).

La population est d’environ 1571 individus dans le PNKB (sans compter la zone de Lulingu, non recensée) et 2244 individus dans les forêts communautaires d’Oku. En incluant une estimation de densité dans la zone de Lulingu, le PNKB et Oku abriteraient jusqu'à 77% de la population de gorilles de Grauer. Dans la zone de conservation de Nkuba, qui se trouve près d'Oku, la population de gorilles, estimée entre 100 et 2200 individus, semble stable depuis 2013 (van der Hoek et al., 2024).

Depuis plus de 20 ans, WCS soutient la conservation du PNKB et de ses grands singes, en étendant progressivement la couverture à des zones auparavant interdites, à mesure que l’ICCN renforce ses opérations. WCS est également engagée dans les forêts d’Oku depuis 2010, qui n’ont pas de statut officiel de protection, malgré le soutien considérable de la communauté pour leur conservation.

L'écologie et le comportement des gorilles de Grauer sont relativement bien documentés (Williamson & Butynski, 2013). Leurs groupes sont dirigés par un mâle dominant à dos argenté, accompagné de plusieurs femelles adultes et de leur progéniture. Les femelles peuvent changer de groupe plusieurs fois au cours de leur vie. L’espèce présente un régime alimentaire varié composé de feuilles, tiges, fruits, et parfois de termites ou champignons. Malgré leur puissance physique, ces grands singes manifestent une nature globalement pacifique, préférant éviter les confrontations.

Un processus long et minutieux appelé « habituation » consiste à accoutumer progressivement les gorilles à la présence humaine sans altérer leur comportement naturel. Cela permet aux observateurs d'étudier et de découvrir la vie et le comportement fascinants de ces primates. L'habituation et le tourisme respectent scrupuleusement les lignes directrices de l'UICN en matière de bonnes pratiques (McFie & Williamson 2013 ; Waters et al. 2023a ; b).

Au Parc National de Kahuzi-Biega, et plus particulièrement dans le secteur de la Haute Altitude (autour de Tshivanga), une équipe de pisteurs expérimentés est en contact quotidien avec dix familles de gorilles, dont deux groupes de gorilles sont considérés comme entièrement habitués à la présence humaine. Cette situation favorise non seulement la recherche scientifique, mais aussi le développement de l’écotourisme, dans le respect des règles de conservation