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Café scientifique sur l’impact des crises dans l'Est du Congo sur la forêt et la faune du Parc

29/11/2025 Blog
Café scientifique sur l’impact des crises dans l'Est du Congo sur la forêt et la faune du Parc

À l’occasion de ses 55 ans, le Parc National de Kahuzi-Biega a réuni pour un café scientifique, ce 28 novembre 2025 à Bukavu au Sud-Kivu, près de 70 chercheurs, étudiants, experts et partenaires. Les échanges ont porté sur les effets des crises successives sur la forêt et la biodiversité du Parc. L’objectif était de comprendre l’ampleur des dégâts et de mieux orienter les stratégies de conservation.

Les chercheurs ont expliqué que le PNKB subit une perte importante de sa couverture forestière depuis les années 1990.

Le Dr Jean-Claude Maki, Chargé de Recherche au Centre de Recherche en Sciences Naturelles de Lwiro (CRSN/Lwiro) a présenté des données alarmantes : « entre 2001 et 2024, le Parc perd 32 000 hectares, soit 5 % de la forêt qui existait en 2000 », a-t-il indiqué se référant aux données fournies par la plateforme Global Forest Watch. Cette déforestation se concentre autour des zones agricoles et s’explique en grande partie par la coupe de bois pour l’énergie et l’exploitation artisanale.

Le Dr Isaac Ahanamungu Makelele, Coordonnateur du Centre de Recherche en Ecologie et Gestion des Ecosystèmes Terrestres (CREGET), a montré que les guerres à répétition fragilisent fortement la flore du Parc. Le manque de protection suffisante, l’arrivée de populations déplacées et le contrôle de certaines zones par des groupes armés provoquent une exploitation intense de ressources naturelles et parfois de mines. Cette situation réduit les espèces rares, favorise des espèces invasives et menace la diversité végétale.

La faune n’est pas épargnée. Le professeur Bertin Murhabale, Professeur Associé en biologie animale et ornithologue à l'Université Officielle de Bukavu (UOB) a rappelé que le PNKB est l’un des sites les plus riches du pays en mammifères et en oiseaux. Pourtant, les conflits successifs ont décimé plusieurs espèces emblématiques. Les gorilles de grauer perdent 50 % de leur population entre 1996 et 2000. Les chimpanzés enregistrent un recul de 22 % entre 1994 et 2011–2015. Les éléphants subissent aussi une pression forte à cause du braconnage et disparaissent de la partie haute altitude du Parc. Les inventaires montrent une présence massive d’activités illégales, comme des pièges de chasse, des villages ou des sites miniers. Les nouvelles données confirment que la faune disparaît dans les zones où les activités humaines augmentent, a-t-il expliqué.

Conclusion des échanges : il faut une action urgente et concertée. Les participants encouragent pour cela un engagement commun entre l’État, les partenaires et les communautés pour restaurer les forêts, renforcer la sécurité et protéger la biodiversité unique du Parc National de Kahuzi-Biega, patrimoine mondial de l’humanité.

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