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JIPA 2026 : des savoirs ancestraux aux pratiques modernes, les accoucheuses traditionnelles Wambuti parlent de maternité

10/08/2026 Blog
JIPA 2026 : des savoirs ancestraux aux pratiques modernes, les accoucheuses traditionnelles Wambuti parlent de maternité

Une marmite d’eau chaude, quelques plantes médicinales, un mortier, les mains et les pieds. C’est avec ces moyens simples que les accoucheuses traditionnelles Wambuti riveraines du Parc Nationale de Kahuzi-Biega (PNKB) au sud-Kivu, aident les femmes de leur communauté à mettre au monde leurs enfants. Quand le bébé se présente mal, elles ont recours au Mutuzo de Bubembe, au Mutuzo du Bushi et au Mufulubindi. Elles les font chauffer dans l’eau, puis utilisent la préparation pour masser le ventre. Pour couper le cordon ombilical, certaines accoucheuses utilisent encore le morceau de tige de bambou. D’autres par contre, ont adopté la lame de rasoir, une petite touche de modernité venue s’ajouter à leurs pratiques traditionnelles.

Ces gestes ont été montrés dans une vidéo présentée le 9 août 2026, à l’occasion de la célébration de la Journée Internationale des Peuples Autochtones (JIPA). Des accoucheuses Wambuti y racontent comment elles reconnaissent la position du bébé, interviennent lorsque l’accouchement devient difficile et prennent soin du nouveau-né après la naissance.

« Jusqu’à aujourd’hui, 21 femmes ont bénéficié de mon assistance. Elles sont toutes en vie, ainsi que leurs enfants », témoigne Muhindo M’Kanyeruka, accoucheuse traditionnelle du village Cibinda I, groupement de Miti en territoire de Kabare.

Pour ces femmes, la pratique vient d’abord de l’expérience. Elles l’ont apprise auprès des femmes âgées de leurs communautés et l’ont transmise à leur tour. Mais leur savoir ne s’arrête pas à l’accouchement.

Des plantes pour prendre soin des enfants

 Après la naissance, d’autres plantes entrent dans les pratiques de soins des nouveau-nés. Nzigire M’Ntavuna cite notamment le Muvula, l’Igwerhe, le Kahyola, le Kecu, l’Ail, le Kashisha et le Kafumbalugurhu. Selon les pratiques rapportées dans son témoignage, ces plantes sont préparées de différentes manières pour soigner les enfants lorsqu’ils tombent malades, perdent l’appétit.

D’autres plantes sont également utilisées contre certains problèmes de santé. Pour l’anémie, elle cite notamment le Nderema, le Mashusha et les Ndakala. Pour la rougeole, elle utilise des feuilles de Marakuca, Ntobololo et Mujunju. En cas de forte fièvre, elle explique que des feuilles d’eucalyptus blanc, de cyprès et de Kaharajiji sont bouillies dans une grande marmite.

Ces pratiques reposent sur des connaissances transmises au sein des communautés. Leur disponibilité dépend aussi des ressources naturelles.

Certaines plantes sont récoltées dans la forêt. D’autres sont désormais plantées dans les champs des communautés. Lors de la rencontre, l'organisation Primate Expertise (PEx) a présenté les initiatives qui permettent aux familles de cultiver certaines plantes médicinales à proximité de leurs habitations, afin de faciliter leur accès et de limiter leur prélèvement dans la forêt.

Mais connaître une plante ne suffit pas toujours lorsqu’il s’agit de soigner une mère ou un enfant. Quelle quantité utiliser ? Quelle partie de la plante possède les propriétés recherchées ? Comment la préparer ? Avec quel matériel ?

C’est sur ces questions que la Dr Aline Nabintu Ciringwi, medecin à l'Hopital Général de Référence de la FOMULAC/Katana, a attiré l’attention lors de l'activité. Pour elle, le principal écart entre les pratiques traditionnelles et la médecine moderne se trouve notamment dans le dosage, la qualité des produits et le matériel utilisé.

"La médecine moderne apporte  des moyens de suivre la grossesse, de détecter les complications et d’orienter rapidement une femme vers une structure de santé lorsque l’accouchement présente un risque", a t-elle expliqué.

Les échanges ont donc évolué vers la manière de renforcer les connaissances des femmes qui détiennent ces pratiques. Une recommandation s’est dégagée : favoriser l’accès des femmes autochtones aux études et aux formations en santé pour leur permettre de compléter les connaissances héritées de leurs communautés par des compétences modernes.

Dosage, qualité des produits, hygiène, matériel adapté : autant de connaissances qui pourraient leur permettre de mieux maîtriser leurs pratiques et de mieux répondre aux besoins des femmes et des enfants de leurs communautés.

Plus de 100 représentants et membres des communautés Wambuti venus de Kalehe, Kabare et de l’île d’Idjwi ont participé à cette rencontre consacrée aux « Défis liés à la maternité chez les Peuples Autochtones Wambuti ». L’activité a été organisée par les organisations locales des Peuples Autochtones, le PNKB et ses partenaires techniques.

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