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Gorille de Grauer : ne pas connaître le même destin que les éléphants des forêts de haute altitude du PNKB

25/09/2026 Blog
Gorille de Grauer : ne pas connaître le même destin que les éléphants des forêts de haute altitude du PNKB

Un gros crâne d’éléphant posé en plein milieu de la salle attirait les regards. Des ossements retrouvés dans le Parc après les précédentes périodes de guerre dans l’est de la RDC étaient également exposés. Autour des vestiges, des pièges de chasse, des planches, de la braise, ainsi que des équipements ancestraux et modernes utilisés pour la coupe des arbres étaient également présentés. Des objets liés à l’extraction de minerais dans le Parc complétaient cette série d’images et de témoignages matériels.

Des photographies et des vidéos projetaient dans la salle montraient des feux de brousse, des champs installés dans les espaces naturels et d’autres formes de dégradation de la forêt liées aux années de guerre, qui ont contribué à la dégradation des habitats et à la disparition de l’éléphant du Parc. Ces vestiges ont raconté l’histoire d’une espèce qui a autrefois occupé les forêts de haute altitude du Parc et qui n’y est plus aujourd’hui.

C’est une histoire que le Parc National de Kahuzi-Biega ne souhaite pas voir se répéter avec les gorilles de Grauer.

Le Forum Média organisé par le PNKB le 24 septembre, à l’occasion de la Journée mondiale du gorille, a non seulement rappelé cette page sombre de l’histoire du PNKB, mais a aussi montré que ces pressions existent encore aujourd’hui et continuent à menacer la forêt et la faune du Parc.

Depuis plusieurs mois, l’instabilité sécuritaire à répétition perturbe les activités de conservation dans plusieurs zones du Parc. Les équipes n’ont plus accès à certaines zones pour assurer le suivi de la faune et de la flore. La surveillance devient plus difficile. Les pressions sur la forêt et la faune, elles, s’accroissent.

Le Forum a ainsi réuni des journalistes, des scientifiques, des représentants des universités, des organisations de la société civile, des partenaires de conservation et des acteurs du tourisme. L’objectif était de réfléchir aux moyens de préserver les efforts de conservation et de renforcer la protection du gorille de Grauer.

Ce que le Sud-Kivu aurait à perdre si le gorille disparaissait

Le gorille de Grauer est une espèce emblématique des forêts de l’est de la RDC. Sa présence dans les forêts de haute altitude du PNKB témoigne de la richesse biologique de cette partie du Sud-Kivu.

Mais sa protection dépasse le seul sort de l’espèce. Le gorille de Grauer partage son milieu de vie avec de nombreuses autres espèces animales et végétales. C’est pourquoi les intervenants au Forum l’ont présenté comme une espèce parapluie : protéger son habitat contribue aussi à préserver les autres espèces qui y vivent.

Les professeurs Bertin Murhabale et Isaac Ahanamungu, de l’Université Officielle de Bukavu (UOB), ont insisté sur cette fonction. Ils ont rappelé que la forêt constitue un élément essentiel à la survie du gorille et de l’ensemble de la biodiversité qui l’entoure. Elle fournit également des services essentiels aux populations, notamment la régulation de l’eau et du climat, la protection des sols et le maintien des ressources naturelles.

Or, cet habitat subit plusieurs formes de dégradation. La coupe des arbres, les feux, l’exploitation minière, les activités agricoles, les pièges de chasse et d’autres occupations des espaces naturels affectent la forêt et la faune. L’instabilité sécuritaire complique aussi les efforts de surveillance et de conservation.

La disparition du gorille de Grauer ne serait donc pas seulement la perte d’une espèce emblématique. Elle toucherait aussi les autres espèces qui dépendent de son habitat, les services que la forêt fournit aux populations et le patrimoine naturel du Sud-Kivu.

Cette perte aurait également des conséquences sur le tourisme. Selon Mme Atosha Byemba, coordinatrice de APPROVATOUR, une agence de tourisme, neuf demandes de visite sur dix concernent les gorilles. La présence du gorille de Grauer constitue ainsi un élément important de l’attractivité touristique du PNKB. Depuis l’instabilité sécuritaire, l’arrêt des activités touristiques affecte déjà plusieurs métiers et secteurs qui en dépendent, notamment les chauffeurs, les guides, les employés des hôtels et des restaurants, ainsi que les agences de voyage et d’autres prestataires.

La protection du gorille de Grauer concerne donc à la fois la biodiversité, les écosystèmes, les populations et les activités économiques liées au tourisme. Sa disparition représenterait une perte qui dépasserait largement les limites du Parc.

Comment préserver les efforts de conservation du gorille et de son habitat lorsque le contexte sécuritaire perturbe régulièrement les activités ?

Cette question était au cœur du regard croisé des acteurs organisé au cours du Forum. Les participants ont échangé sur les moyens de préserver les efforts de conservation du gorille et de son habitat lorsque le contexte sécuritaire perturbe régulièrement les activités du Parc.

Un premier constat s’est dégagé : la communauté riveraine occupe une place essentielle dans la protection du Parc.

Lorsque les équipes de conservation ne peuvent pas accéder à certaines zones, les communautés restent présentes autour du Parc. Elles peuvent donc jouer un rôle important dans la surveillance, l’alerte et la prévention des activités qui dégradent la forêt et menacent la faune.

Les participants ont ainsi insisté sur la nécessité de renforcer les sensibilisations auprès des communautés riveraines. L’objectif est de mieux faire comprendre la valeur du gorille et de son habitat et de renforcer leur implication dans leur protection.

La reforestation a également été évoquée comme une piste pour restaurer les espaces dégradés et contribuer à la protection des habitats. Plusieurs espèces destinées à la reforestation ont d’ailleurs été présentées lors du Forum. Les plants provenaient notamment des pépinières des partenaires du Parc, Primates Expertise (PEX) et Pole Pole Foundation (POPOF). Cette présentation a permis de montrer concrètement les possibilités de restauration des espaces forestiers dégradés.

Le plaidoyer auprès des autorités a également été identifié comme une priorité. Les participants ont appelé à renforcer l’application de la législation sur la conservation de la nature en temps de paix comme en période de conflit. Les règles qui protègent la faune et les espaces naturels doivent continuer à s’appliquer, quel que soit le contexte.

Le renforcement des outils technologiques de surveillance a aussi été évoqué. Ces outils peuvent contribuer au suivi des gorilles, à la surveillance de leurs habitats et à la collecte de données lorsque l’accès direct à certaines zones est difficile.

Les participants ont également souligné l’importance d’un engagement accru de l’UNESCO pour la protection des sites du patrimoine mondial dans les contextes de guerre. Le PNKB, inscrit sur la Liste du patrimoine mondial, fait partie de ces sites dont la valeur dépasse les frontières nationales. Les échanges du regard croisé ont fait ressortir la nécessité d’une implication de l’UNESCO dans le plaidoyer en faveur du respect des limites du Parc et de la protection de sa biodiversité en cette période.

La protection du patrimoine naturel repose ainsi sur l’implication de plusieurs acteurs, comme l’ont souligné les participants lors du regard croisé.

Préserver aujourd’hui pour ne pas regretter demain

Au-delà des échanges du Forum, un autre message a été adressé aux participants. Le Directeur Chef de Site du PNKB a appelé chacun à porter plus loin la voix du Parc et à faire connaître les enjeux liés à la conservation du gorille de Grauer.

« Le gorille de Grauer représente aujourd’hui une partie importante du patrimoine naturel du PNKB et du Sud-Kivu. Sa protection demande des efforts constants. Elle doit rester une préoccupation en période de paix comme dans les contextes d’instabilité. Mesdames et messieurs, face à l’histoire, nous demandons à vous tous qui soutenez la conservation d’amener la voix du Parc plus haut. Soyez des ambassadeurs du PNKB », a-t-il déclaré.

Pour les médias, cela signifie continuer à informer sur la biodiversité et les enjeux de conservation. Pour les scientifiques, il s’agit de faire connaître les connaissances qui permettent de mieux comprendre les espèces et leurs habitats. Pour les organisations et les partenaires, les échanges peuvent contribuer à maintenir l’attention sur la protection du patrimoine naturel.

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